14 Décembre 2009

Permalink 21:16 pm, Richard Martineau / Franc-parler, 738 mots  

Joyeux Noël

Faut que je vous en raconte une bonne.

Vendredi soir dernier, j’ai invité mon père à venir voir le combat de Jean Pascal, au Centre Bell.

Comme vous le savez, le Centre Bell est situé juste à côté de la gare Windsor.

Pendant que j’attendais mon père, je faisais les cent pas devant la gare. À travers la vitre, on pouvait voir ce qui se déroulait à l’intérieur.

LE PARTY

Il y avait un gros party chic.

Femmes en longues robes de soirée, hommes en cravate noire, le vin coulait à flot, les invités (plus de 500, m’a-t-on dit) se promenaient avec des flûtes de champagne à la main, musique à fond la caisse, éclairages sophistiqués, table à buffet, petites bouchées — bref, la grosse surboum.

Devant la porte, il y avait un monsieur aux cheveux blancs qui fumait une cigarette.

Je suis allé le voir et j’ai commencé à discuter avec lui. Il m’a dit qu’il travaillait pour le Canadien Pacifique, mais qu’il allait perdre son emploi après les Fêtes car la gare Windsor a été vendue au groupe Cadillac Fairview.

« Allez-vous avoir un party de Noël ? lui ai-je demandé.

— Non, la compagnie a dit qu’elle n’a pas assez d’argent pour nous en payer un cette année…

— C’est comme ça dans beaucoup d’entreprises. À cause de la crise, on coupe dans les partys de bureau.

— Il y a quand même des chanceux qui fêtent et qui se la coulent douce, m’a dit le monsieur, en me montrant les gens qui rigolaient de l’autre côté de la vitre.

— Ouais, c’est qui, ça ? Quelle compagnie ? Ils n’ont pas l’air de ressentir l’effet de la crise, eux ! Le champagne semble couler à flot !

— Ça, m’a répondu l'homme, ce sont vos taxes à l’œuvre.

— Comment ça ?

— C’est le party de Noël de la Caisse de dépôt… »

LA CROISIÈRE S’AMUSE

Oui, les amis. Y a rien de trop beau pour la classe ouvrière.

Tu creuses un trou de 40 milliards de dollars dans le bas de laine des Québécois ? Pas de problème ! Non seulement on donne de généreux bonis aux employés pour les féliciter pour leur beau travail, mais on loue la gare Windsor pour organiser un super gros party de Noël, au nez et à la barbe des citoyens… (*** Voir note en bas du texte)

Quand j’ai entendu ça, j’ai eu le goût de monter dans l’arène du Centre Bell pour sacrer une volée à Adrian Diaconu.

Vous ne trouvez pas ça obscène ?

Le Québec coule à pic, et la Caisse de dépôt (qui nous a fait foncer dans un iceberg) boit du champagne sur le pont en rigolant.

SERREZ-VOUS LA CEINTURE

Y a quand même une maudite limite à rire de nous.

Pendant ce temps, le gouvernement dit que nous devrons nous serrer la ceinture, couper dans nos dépenses et payer plus cher pour recevoir des services.

Il y a tellement de gens qui veulent nous fourrer qu’on va bientôt devoir se creuser des trous dans le dos avec un vilebrequin pour répondre à la demande.

Des pertes de 40 milliards, et ça organise un super party de Noël à la chic gare Windsor !

Il y a des gens qui n’ont aucune honte, aucune décence, aucune pudeur…

________

*** Note: le party était payé par le Fonds social des employés de la Caisse, qui est financé à 50 % par les employés et à 50 % par la Caisse.

La Caisse a donc payé la moitié du party de Noël de ses employés — soit près de 22 500 $ (500 personnes à 90 $ chacune, m’a-t-on dit).

Tout ça, alors que la plupart des entreprises privées mettent leurs partys de Noël sur la glace à cause du contexte économique…

C’est bien de voir que malgré les déboires catastrophiques de la Caisse de dépôt (on parle tout de même de pertes historiques de 40 milliards de dollars, ce qui n’est pas de la tarte), ses employés avaient quand même le cœur à fêter.

Il faut dire qu’avec le régime de bonus qui a été mis en place pour les féliciter de leur bon travail, moi aussi, je danserais !




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