9 Août 2010

Permalink 11:55 am, Richard Martineau / Franc-parler, 424 mots  

Jacques Dupuis: avant le naufrage

C’est moi, ou le départ soudain de Jacques Dupuis sent mauvais ?

On a l’impression de voir les dernières minutes de Titanic, quand le paquebot coule à pic et que passagers sautent tête première dans les canots de sauvetage pour ne pas boire la tasse…


LA SOUPE TROP CHAUDE ?

Je ne connais pas personnellement monsieur Dupuis, mais je l’ai croisé à de nombreuses reprises lors de la dernière élection provinciale, et il m’est toujours apparu comme un workaholic qui avait la piqûre de la politique et éprouvait un plaisir fou à faire son boulot.

Le genre de gars qui travaille jusqu’à 102 ans.

S’il quitte, c’est qu’il a une maudite bonne raison.

Ou il sent le vent tourner ou il n’a plus aucun plaisir à aller au « batte » pour son patron.

Une chose est sûre : monsieur Dupuis ne s’est pas levé un matin en se disant : « Je pense que je vais passer le reste de ma vie sur un terrain de golf… »

Qui sait ? Peut-être a-t-il peur de ce qui va sortir au cours des prochaines semaines…

« When the going gets tough, the tough get going », disent les Anglais (« Quand les choses se corsent, les durs continuent… »)

En politique, c’est :

« Quand les choses se corsent, les durs sacrent le camp et se trouvent une job payante dans le privé… »

Regardez Couillard…


LE MATAMORE

Jacques Dupuis était ce qu’on appelle un « matamore », un goon.

Le Georges Laraque du PLQ.

C’est lui qu’on envoyait sur la glace quand le boss était menacé ou quand on trouvait que le temps était venu de donner deux, trois coups bien placés à l’adversaire.

En bon soldat, le ministre de la Sécurité publique n’a jamais hésité une seconde à jeter les gants et à se jeter dans la mêlée. Il semblait même y prendre un certain plaisir, pour ne pas dire un plaisir certain.

Mais pour faire ça, il faut croire dur comme fer à sa cause, à son patron.

Les convictions de monsieur Dupuis ont-elles été ébranlées ? A-t-il appris des choses qu’il ignorait ? Avait-il soudainement moins le goût de jouer les boucliers, de recevoir des baffes pour protéger « le gars d’en haut » ?

Trouvait-il que ça commençait à brasser un peu trop ? Que le jeu n’en valait plus la chandelle ?

Toujours est-il qu’il a décidé d’accrocher ses patins.

Publiquement, Jacques Dupuis va continuer de défendre le premier ministre.

Mais personnellement, que pense-t-il ?







Permalink 08:27 am, Richard Martineau / Franc-parler, 39 mots  

Mauvaise nouvelle

Très mauvaise nouvelle, qui me met à l'envers, aujourd'hui:

Le journaliste Christopher Hitchens, que j'adore, que j'ai rencontré, dont les textes et les prises de position m'ont toujours stimulés, se meurt d'un cancer...

Je le croyais vraiment indestructible...





Permalink 07:49 am, Richard Martineau / Franc-parler, 571 mots  

Haïti: encore un messie

Ça y est, Wyclef Jean, l’ex-leader des Fugees, est officiellement candidat pour devenir Président de Haïti.

La nouvelle a réjoui son ami Luck Mervil. « Haïti, qui est en pleine reconstruction, a besoin de cela », a-t-il lancé.

Ah oui ?

Ce n’est pas l’avis de plusieurs observateurs.


DÉTOURNEMENT DE FONDS

« Wyclef Jean aurait pu continuer à aider à la reconstruction d'Haïti par le biais de la fondation qu’il a mise sur pied. Il a choisi une autre voie. C'est admirable », dit Mervil.

Parlons-en, de cette fondation.

Incorporée en 1998, The Yele Haiti Foundation a rempli son premier formulaire d’impôts en… août 2009. Et ça ne couvrait que trois des douze ans de l’existence de l’organisme.

Des documents dévoilés par le site américain The Smoking Gun démontrent que non seulement la Fondation de Wyclef Jean est dans le rouge, mais 400 000 $ du budget de l’organisme se sont retrouvés comme par hasard dans les poches du musicien.

De plus (attachez votre tuque avec de la broche), lorsque Wyclef Jean a participé à un concert bénifice qu’il avait LUI-MÊME organisé au profit de SA PROPRE Fondation, le musicien « admirable » s’est payé 100 000 $ pour sa performance !

À même l’argent qu’il a recueilli !

C’est ce qu’on appelle être en business…


AUCUNE SOLIDARITÉ

Et attendez, ce n’est pas tout.

Non seulement la Fondation de Wyclef Jean joue à cache-cache le fisc, mais le musicien lui-même fait tout ce qu’il peut pour éviter de payer ses impôts. Selon le journal The Village Voice, le fisc américain poursuit Wycleff Jean pour des centaines de milliers de dollars.

Une poursuite de 792 269 $ en juillet 2007.

Une poursuite de 724 332 $ en mai 2010 et une poursuite de 599 167 $ en juillet 2010.

Bref, le grand Wyclef Jean, ami des déshérités et apôtre de la solidarité internationale, doit 2,1 millions de dollars à l’impôt !

Comme l’a demandé un journaliste du Village Voice jeudi dernier : « Comment un homme qui n’est même pas capable de gérer ses propres affaires peut-il prétendre diriger un pays ? »

Je serais curieux d’entendre Luck Mervil là-dessus.


CONCOURS DE POPULARITÉ

C’est vraiment ce dont Haïti a besoin ? Un autre Sauveur descendu du ciel qui va guérir son peuple d’un coup de baguette magique ?

Un autre démiurge qui va utiliser sa position pour s’en mettre plein les poches ?

Le peuple haïtien n’a-t-il pas appris de son histoire, de son passé ?

À quoi ont servi ces années de souffrance et de misère si c’est pour recommencer EXACTEMENT la même chose ?

« Wyclef Jean a du charisme », disent Mervil et les autres.

Et alors ?

Il ne se présente pas pour diriger un groupe de musique, mais un pays ! On ne parle pas de la finale d’Haïti Gots Talent, mais d’une élection présidentielle !


LEADER NATUREL ?

« Je sais que des gens vont me critiquer en disant que je ne connais rien à la politique, a lancé Wyclef Jean, mais je suis un leader naturel… »

C’est exactement ce qui nous fait craindre le pire.

Haïti n’a pas besoin d’un autre « leader naturel » qui va jouer les pasteurs, mais d’une équipe, d’un gouvernement formé de gens compétents.

Un peu moins de passion, un peu plus de raison.