16 Août 2010

Permalink 08:24 am, Richard Martineau / Franc-parler, 588 mots  

Histoire d'horreur

Horreur


Aimez-vous les gros films d’horreur sanguinolents ?

Possédez-vous un DVD de Décadence ou de Cannibal Holocaust ?

Si oui, jetez-moi ça dans une poubelle : la police risque de débarquer chez vous et de vous accuser de corruption de mœurs.


CADAVRES MUTILÉS

C’est ce qui est arrivé à Rémy Couture en octobre 2009.

Couture est un maquilleur professionnel de films d’horreur. Il a travaillé sur plusieurs productions américaines, et ses œuvres (des cadavres en baignant dans leur sang, des zombies terrifiants qui se promènent le cerveau à l’air) ont été publiées dans plusieurs fanzines de réputation internationale, comme Fangoria ou Rue Morgue.

Ces quatre dernières années, Couture avait un site Internet dans lequel il exposait ses photos et ses courts métrages.

Ses productions sont hard, très hard : cadavres mutilés, victimes démembrées… C’est dégueulasse, mais pas plus que la plupart des films disponibles dans tout bon club vidéo de quartier. Votre collection habituelle de zombies et de psychopathes.

Personnellement, ce n’est pas ma tasse de thé, mais comme on dit, chacun ses goûts.


HANNIBAL JUNIOR

L’an dernier, des policiers d’Interpol (la grosse police internationale créée pour attraper des gros bandits internationaux) sont tombés sur le site de Rémy Couture et ont capoté bien raide.

Même si les films DE FICTION tournés par Couture contiennent un générique complet citant le nom de tous les ACTEURS ayant participé à leur tournage, nos gendarmes étaient sûrs qu’ils venaient de mettre la main sur le fils tordu d’Hannibal Lecter.

Ils ont donc appelé la police de Montréal, qui a tout de suite envoyé deux agents doubles (un gars, une fille) arrêter le maquilleur.

Nos valeureux défenseurs de l’ordre se sont fait passer pour un couple qui cherchait à louer les services de Rémy pour les fins d’une photo d’Halloween.

Quand Rémy a mordu à l’hameçon, ils l’ont arrêté, menotté (devant chez lui, au vu et au su de tous), ont fouillé son appartement de fond en comble, l’ont obligé à fermer son site et ont saisi son matériel informatique.


FICTION INTERDITE

Résultat : au grand étonnement des créateurs de films d’horreur, Rémy Couture (qui plaidera non coupable le 13 octobre prochain au Palais de justice de Montréal) est passible de deux ans d’emprisonnement.

Pour des courts métrage de fiction !

Selon le code 163 du Code criminel canadien, « commet une infraction quiconque produit, imprime, publie, distribue, vend, ou a en sa possession aux fins de publier, distribuer ou mettre en circulation, une histoire illustrée de crime… »

Je m’excuse, mais c’est quoi, « une histoire illustrée de crime » ? 99,9 % des films illustrent des crimes !

Selon le Code criminel, une histoire illustrée de crime « s’entend d’un magazine, périodique ou livre comprenant, exclusivement ou pour une grande part, de la matière qui représente, au moyen d’illustrations, la perpétration de crimes, réels ou fictifs. »

Quoi ? On n’a pas le droit de représenter la perpétration de crimes FICTIFS ????

Vous me niaisez, ou quoi ?


ABSURDE

Si on appliquait cette loi à la lettre, la majorité des artistes seraient actuellement sous les verrous.

Maître Dominic Bouchard, le criminaliste qui défend Rémy Couture, n’en revient tout simplement pas.

On le comprend. C’est complètement surréaliste, comme situation…