25 Août 2010

Permalink 07:43 am, Richard Martineau / Franc-parler, 591 mots  

Duel à Bastarache City

On aurait dit un film de Sergio Leone.

Dans le coin droit, le propriétaire terrien qui règne sur le village. Dans le coin gauche, le franc-tireur (pour ne pas dire le loose canon) qui tire sur tout ce qui bouge.

Ajoutez l’harmonica lancinant de Jim Zeller, et vous avez le premier western poutine du Québec.


BELLEMARE COMPLICE

Je sais que le premier ministre du Québec est innocent jusqu’à preuve du contraire.

Je sais qu’il faut avoir entendu les deux versions de la même histoire avant de se prononcer.

Je sais que Marc Bellemare s’est fait beaucoup d’ennemis lors de son passage-éclair en politique et qu’il a une dent contre Jean Charest.

Mais une question me turlupine : pourquoi Marc Bellemare inventerait-il ces allégations ? Qu’aurait-il à gagner ? Pourquoi mettrait-il ainsi sa carrière et sa réputation en danger ?

La question me travaille d’autant plus qu’en avouant avoir cédé aux pressions de son ancien patron qui lui aurait demandé de nommer deux juges pour faire plaisir à un collecteur de fonds du parti, l’ex-ministre de la Justice s’incrimine lui-même.

Il exhibe sa faiblesse, sa lâcheté. Il dit haut et fort qu’il a participé volontairement à un acte illégal.

Pourquoi met-il sa tête sur le billot, pourquoi inventerait-il cette histoire ?

Pour se venger ? Par narcissisme ? Pour alimenter sa légende ?


ÇA PUE

Une chose est sûre : si le but de la Commission Bastarache était d’assainir le climat malsain qui règne actuellement à l’Assemblée Nationale, c’est raté.
Plus Marc Bellemare et Jean Charest parlent, plus ils se renvoient la balle, plus ils se fixent dans les yeux, et plus ça pue.

Car de deux choses l’une : ou Jean Charest est corrompu, ou l’ex-ministre de la Justice du Québec est un mythomane fini.

D’un bord comme de l’autre, ça fait dur.


UN DUEL FRUSTRANT

Ce duel entre Charest et Bellemare est d’autant plus frustrant que les règles sont hyper contraignantes.

Pas le droit de parler d’enveloppes brunes, pas le droit d’aborder les scandales de la construction, pas le droit de discuter du financement du PLQ. On ne parle que de la question de la nomination des juges.

Il y a un troupeau de bisons entre les deux belligérants, et il faut faire comme s’il n’existait pas !

Comment voulez-vous que la population fasse entièrement confiance à cette Commission ? On a toujours l’impression qu’on nous cache quelque chose…


UN WESTERN CONFUS

En fait, la Commission Bastarache me fait penser aux westerns de Monte Hellman : Ride in the Whirlwind (1965), The Shooting (1967)…

Avez-vous déjà vu ces films ? Ils sont encore plus bizarres que les westerns spaghetti de Sergio Leone.

Il n’y a pas de héros, les cowboys tournent en rond dans le désert, les redresseurs de torts ne sont pas plus blancs que les bandits qu’ils poursuivent, les combats sont totalement dépourvus de sens, on ne sait pas pourquoi ces hommes se tirent dessus, tout est flou, ambigu…

Et contrairement aux westerns traditionnels, les duels finaux ne règlent strictement rien. À la fin, on est toujours aussi mêlés qu’au début, aussi confus…


MAUVAISE IMAGE

L’apparence de conflit d’intérêt est aussi dommageable que l’existence d’un conflit d’intérêt, disent les spécialistes en image.

Si c’est vrai, ça regarde mal pour Jean Charest…