15 Décembre 2010

Permalink 08:37 am, Richard Martineau / Franc-parler, 568 mots  

Vive WikiLeaks? Vraiment?

La droite libertarienne et la gogauche anarchique marchent-elles main dans la main ?

À force d’aller à droite, finit-on par se retrouver à gauche ?

Les intellos de droite qui luttent pour une diminution du rôle de l’État sont-ils les « alliés objectifs » des anarchistes de gauche qui veulent foutre le gouvernement en l’air ?

Ce sont les questions philosophiques que je me posais hier en lisant la chronique de mon très estimé confrère Éric Duhaime, qui vantait les vertus du site WikiLeaks.


UN MÉGALOMANE IRRESPONSABLE

Que des casseurs masqués qui pestent contre « le pouvoir » ou des pirates informatiques qui se prennent pour Robin des Bois tripent sur Julian Assange est une chose.

Après tout, le fondateur du site WikiLeaks (qui se présente comme une sorte de Luke Skywalker luttant contre le méchant Big Brother) a tout du héros romantique adolescent.

Mais que des journalistes sérieux et des chroniqueurs chevronnés applaudissent les frasques de ce « mégalomane irresponsable » (pour reprendre l’expression de l’essayiste Christopher Hitchens) me laisse pantois.

Car il ne faut pas être naïf. Comme l’écrivait récemment un chercheur sur le blogue du journal Le Monde :

« La supposée transparence vantée par certains journaux affaiblit en fait presque exclusivement les intérêts des pays occidentaux vis-à-vis de pays aussi démocratiques et ouverts que la Russie, la Chine ou l’Iran. Cette conception de l’information (révélation à tous de nos positions diplomatiques) continue à jeter le discrédit (encore un peu plus) sur l’action publique européenne et américaine dans l’opinion publique. »


UN OUTIL POUR LES TALIBANS

Certains disent que seuls le Pentagone et la CIA pourfendent WikiLeaks. Faux : Amnistie Internationale et Reporters sans frontières critiquent eux aussi les dérives de ce site qui prône la transparence tout azimut tout en préservant jalousement ses secrets.

Le 23 octobre dernier, le New York Times publiait une entrevue avec un porte-parole des Talibans qui affirmait avoir mis sur pied une escouade de neuf personnes chargées de dépouiller les milliers de documents concernant l’Afghanistan publiés par WikiLeaks. « Nous possédons une liste de 1800 Afghans que nous recherchons activement, et nous recoupons cette liste avec les documents de WikiLeaks pour découvrir qui nous espionne pour le compte du gouvernement américain. »

« Une fois ces gens identifiés, les tribunaux talibans décideront de leur sort… »

Un peu moins drôle, non ?


OUPS, DÉSOLÉ !

Des reporters du New York Times ont examiné attentivement les documents dévoilés par WikiLeaks. Après seulement deux heures de travail, ils ont repéré les noms de dizaines d'Afghans supposés avoir fourni des renseignements à l'armée américaine.

La vie de ces gens est maintenant en danger.

« La publication de ces documents n'a causé de tort à personne, mais si cela devait être le cas, nous le regretterions profondément », a déclaré Assange au Times.

Wow, merci.

On transmettra vos regrets aux proches des agents exposés…


DANS LE VENTRE

L’Occident, on le sait, adore se tirer dans le pied.

Mais avec un site comme WikiLeaks (ou DES sites, car l’homme va sûrement faire des émules grâce à ses fans qui, à droite comme à gauche, perçoivent l’État comme un ennemi à abattre), on finira peut-être par se tirer dans le ventre.