16 Décembre 2010

Permalink 07:25 am, Richard Martineau / Franc-parler, 542 mots  

Les oeufs dans le même panier

C’est quand même hallucinant ce qui se passe avec la « dame aux œufs » de Sainte-Mélanie.

Imaginez : vous avez des poules, vos poules pondent des œufs, vous prenez certains de ces œufs pour les donner aux pauvres… et on vous dit que vous n’avez pas le droit !

Vous ne pouvez pas faire ce que VOUS voulez avec les œufs que VOS poules ont pondu sur VOTRE ferme !


C’EST LE SYNDICAT QUI MÈNE

La dame pensait que ses œufs lui appartenaient. Eh bien, non : ses œufs appartiennent à la Fédération des producteurs d’œufs du Québec.

Ce sont les bonzes de ce syndicat (et les fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, qui sont copains comme cochons avec le syndicat en question) qui vont lui dire comment disposer de SES œufs !

Faut le faire, non ?

On se croirait revenu en URSS dans le temps de Staline !

« Tu ne nous écoutes pas ? Tu veux donner tes œufs aux pauvres sans nous demander la permission ? Tu devras payer une amende de 2 250 $ ! »

Bientôt, les agriculteurs devront se cacher pour vendre des produits non « approuvés » par l’UPA. Il va y avoir des pushers de produits alimentaires à la sortie des stations de métro :

« Pssst ! Hash, pot, acide, œufs trop petits, fromage au lait crû ! »


UN CARTEL

Au Québec, si vous êtes fermier, vous devez absolument passer par l’Union des producteurs agricoles (UPA) pour vendre — ou même DONNER — vos produits. En effet, la loi prévoit un seul syndicat au Québec pour représenter l’ensemble des producteurs agricoles.

Un seul.

Tous les producteurs sans exception doivent payer une cotisation annuelle de 300 $ à l’UPA. Même si vous ne voulez pas être membres de l’association.

En bon français, on appelle ça un monopole.

Si c’était une entreprise privée qui en menait aussi large, tout le monde collerait au plafond, en disant que cette trop grande concentration de pouvoir va à l’encontre des valeurs démocratiques.

Mais quand c’est un syndicat, pas de problème.

Pourquoi ?

Pourquoi les monopoles sont considérés dangereux dans le privé, mais bénéfiques dans le monde syndical ?


LES VACHES SACRÉES

Je sais que les syndicats sont des institutions intouchables. (La preuve : quand il y a un conflit de travail dans une entreprise, que ce soit une grève ou un lock-out, la responsabilité incombe toujours exclusivement à l’employeur, le syndicat n’a jamais rien à se reprocher.)

Mais un jour, il va falloir s’interroger sur le mode de fonctionnement des syndicats au Québec.

Actuellement, un producteur de lait ne peut même pas donner du lait à son frère sans risquer de se faire taper sur les doigts par l’UPA !

Vous trouvez ça normal, vous ? Vous trouvez ça normal qu’un manœuvre doit absolument être membre de la FTQ pour travailler sur un chantier de construction au Québec ?

Ou que la charte canadienne ne protège pas le droit de NON ASSOCIATION ?


ON ÉTOUFFE !

« Au Québec, tout est règlementé, même la charité », m’a écrit un lecteur (André Delisle), hier.

Si ça continue, il va falloir demander la permission pour donner 20 $ à un sans abri…