27 Mars 2011

Permalink 09:00 am, Richard Martineau / Franc-parler, 577 mots  

Métro, porno, boulot

Dieu que nous sommes hypocrites face au sexe…

Nous avons 339 établissements érotiques dans la région de Montréal, la porno fleurit sur Internet, les journaux sont remplis de petites annonces à caractère sexuel, les agences d’escortes annoncent à pleine page dans le bottin téléphonique, les murs de nos villes sont placardés d’affiches sexy, les autobiographies de vedettes pornos se vendent comme des petits pains chauds, le milieu de la mode flirte avec la pédophilie, les chaines d’hôtels et les câblodistributeurs fournissent des films de partouze à leurs clients…

Et on s’énerve parce que l’adjointe administrative d’une école secondaire joue dans des films de fesses !


DÉCHARGES PUBLIQUES

En fait, on se comporte avec le cul comme avec les décharges publiques : c’est parfait, mais pas dans ma cour.

On consomme de la porno et on fréquente les bars de danseuses, mais on n’aimerait pas que notre fille se déshabille pour gagner sa vie.

Et surtout, pas d’actrice porno dans les bureaux administratifs de mon école, ça donne le mauvais exemple !

Comme si la fille allait soudainement se déshabiller dans le corridor et sauter sur des étudiants…


LES VIERGES OFFENSÉES

Faudrait se brancher : la porno est légale, ou pas ? Si oui, faut vivre avec.

On ne peut pas, d’un côté, dépenser des gonzilliards de dollars dans l’industrie du cul, et de l’autre, jouer les vierges offensées.

C’est comme les gens qui dénoncent l’évasion fiscale… tout en fumant des cigarettes à plumes !

Un peu de cohérence, s’il vous plaît.

On est là, à péter plus haut que le trou et à boire notre tasse de thé vert avec le petit doigt en l’air, alors que nous sommes dans la boue jusqu’au mention.


CHACUN SA PLACE

Ce qui choque les gens, dans l’histoire de Samantha Ardente, est que le cul se retrouve soudainement « chez nous ».

Alors qu’il devrait rester « là bas », dans les chambres de motel sordides qui bordent les autoroutes de banlieue.

« Restez dans votre ghetto, jolies pitounes, et on ira vous voir lorsque le bas ventre nous démangera, mais de grâce, ne venez pas salir notre beau portique. Don’t call us, we’ll call you. »

La porno au grand complet se fend en quatre pour nous vendre l’idée que la professionnelle qu’on voit s’ébattre dans les films que nous louons est « la fille d’à côté ».

Or, si on découvrait effectivement que notre voisine est une actrice porno, on ferait circuler une pétition pour qu’elle déménage.

Cherchez l’erreur.


CACHEZ CE SEIN

On mange de la viande mais on ne veut pas voir ce qui se passe dans les abattoirs.

On vend des armes mais on ne veut pas savoir à quoi elles servent.

On achète de la drogue mais on ne veut pas savoir ce que les organisations criminelles font avec l’argent que nous leur donnons.

On place nos vieux dans des foyers mais on ne veut pas savoir comment ils sont traités.

On sort nos vidanges deux fois par semaine mais on ne veut pas savoir où on les enterre.

On consomme de la porno en masse mais on ne veut pas que la fille qui travaille à côté de nous fasse partie de l’industrie que nous enrichissons.



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