22 Septembre 2011

Permalink 06:26 am, Richard Martineau / Franc-parler, 580 mots  

Et nous?

Tout le monde, ces temps-ci, condamne la corruption. La chasse aux fraudeurs n’a jamais été aussi populaire.

C’est à qui criera le plus fort, s’indignera avec le plus d’éclat.

Mais si la corruption s’est installée aussi confortablement dans nos vies, avec autant d’aisance et une telle désinvolture, ne serait-ce pas parce qu’elle se sentait bienvenue ?


TOUJOURS LES AUTRES

Pour que la corruption gangrène une société, il faut trois choses.

Des mains qui tendent des enveloppes. Des mains qui reçoivent des enveloppes.

Et un climat de dégénérescence morale qui favorise l’échange d’enveloppes.

Facile de toujours pointer le gouvernement du doigt en disant qu’il donne le mauvais exemple aux citoyens.

Mais qu’en est-il de l’exemple que nous nous donnons nous-mêmes chaque jour ?

Qui n’a pas eu recours à un travailleur au noir pour garder ses enfants, faire le ménage ou rénover son balcon ?

Qui n’a pas accepté de donner de l’argent « en dessous de la table » pour ne pas avoir à payer les taxes ?

Qui n’a pas bidouillé son rapport d’impôt pour contourner le fisc ?

Qui n’a pas avantagé un ami ? Qui n’a pas fait passé un souper d’amoureux dans un chic resto du centre-ville pour un repas d’affaires ?


SORTIR LES VIDANGES

On ne cesse de dire que le gouvernement est noir de bout en bout. Mais nous sommes purs, nous ?

Nous sommes impeccables, nous n’avons rien à nous reprocher ?

Nous respectons toujours les règles, nous n’empruntons jamais des chemins de traverse, nous ne tournons jamais les coins ronds, nous ne fermons jamais les yeux ?

Il faut une commission d’enquête publique au plus sacrant, répète-t-on sur toutes les tribunes. C’est probablement vrai.

Mais il faut aussi une bonne séance d’autocritique collective, se regarder franchement dans le miroir et se poser les vraies questions.

Après tout, si la vermine a envahi la cuisine, c’est peut-être parce qu’on n’a pas sorti les vidanges, qu’on a laissé la nourriture pourrir sur le comptoir.

Et qu’on s’est habitué à vivre dans la crasse.


LE CLUB DE LA CORRUPTION

Hier, un regroupement de citoyens qui désirent combattre la corruption et « rétablir l’honnêteté et l’intégrité dans l’administration publique » (vaste programme) a vu le jour : la Ligue d’action civique.

Dans son texte fondateur, cet organisme affirme qu’il existe au Québec un club de la corruption.

« Ce club est représenté dans la plupart des partis, joue au golf, invite dans des loges, vend des élections clés en main, commandite les politiciens, débauche des fonctionnaires, bafoue le sens de l’État, collecte des ristournes sur les contrats… »

Je comprends et partage amplement la frustration de ces citoyens. Mais il ne faudrait pas non plus tomber dans l’excès inverse, et voir des malversations chaque fois qu’un élu mange ou joue au golf avec un entrepreneur !

On peut se rencontrer tout en gardant son indépendance !

Entre « nourrir de bonnes relations » avec d’éventuels clients et échanger des enveloppes brunes, il y a une marge.


MADAME BLANCHEVILLE

Le mieux est l’ennemi du bien, dit le dicton.

C’est bien beau, « faire le ménage », mais il ne faudrait pas non plus devenir maniaque et voir de la poussière partout…



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