6 Novembre 2011Décidément, ils aiment ça, lapider...L'odeur perdue du bonheurL’autre jour, à TFO, j’ai pu revoir l’extraordinaire film de Marco Ferreri, La Grande bouffe, l’histoire de quatre bourgeois blasés qui s’enferment dans une maison avec des tonnes de victuailles et qui mangent jusqu’à ce qu’ils crèvent. Cette fable grinçante sur la société de consommation (qui a fait scandale au Festival de Cannes) est sortie en salles en 1973, mais elle est encore plus actuelle aujourd’hui qu’à l’époque. En effet, rarement l’homme occidental n’a été autant obsédé par la nourriture que ces temps-ci. ÉLOGE DE LA CUISINE Avez-vous vu le nombre de livres de recettes qui sortent chaque mois ? Hallucinant. Le plus ironique, dans toute cette histoire, est que la majorité des études affirment que les gens ne prennent plus le temps de cuisiner ! On achète des mets préparés, congelés… À quoi servent tous ces livres, alors ? Probablement à rêver. On contemple avec envie ce qu’on pourrait manger si on passait moins de temps à courir, à travailler ou à regarder la télé… Dans La vie de qui ?, son autobiographie, le chorégraphe français Maurice Béjart rend hommage aux cuisines : « La cuisine est un lieu où l'on parle, où l'on se dit des vérités, des mensonges, des histoires drôles, des choses désagréables et des choses sensées ou insensées, écrit-il. « Il y a vingt ans, j’ai loué une grande maison isolée, pleine de chambres, où j'avais invité des amis. Malgré la piscine, la mer, le jardin, on se retrouvait tous ensemble dans la cuisine, à midi, et on discutait pendant des heures, alors qu'il faisait soleil dehors et que la cuisine était plutôt sombre, mais cette cuisine nous attirait, nous hypnotisait, et finalement nous rapprochait. » UN MOMENT DE SILENCE Voilà pourquoi on prend autant de plaisir à feuilleter des livres de cuisine, selon moi : ce n’est pas la bouffe en soi qui nous intéresse, mais tout ce qui l’entoure, c’est-à-dire la famille, les amis, les discussions, les fous rires, les enfants qui courent en grignotant des bouts de pain, l’odeur de la soupe… Bref, tout ce qui fout le camp, tout ce qui nous manque, tout ce qui est menacé à cette époque hystérique qui ne jure que par l’individu, la performance, la vitesse, la fuite en avant. Dans Pieds nus dans l’aube, Félix Leclerc écrit : « Lorsque nous étions réunis à table et que la soupière fumait, maman disait parfois : “Cessez un instant de boire et de parler. Regardez-vous.” Nous nous regardions, sans comprendre, amusés. “C'est pour vous faire penser au bonheur”, ajoutait-elle. » Aujourd’hui, nous sommes isolés chacun dans notre coin, le nez plongé dans un livre de cuisine pour essayer de revivre ces moments perdus. Triste. Le monstre
Ainsi, l’ex-cardiologue Guy Turcotte a demandé de quitter l’institut Pinel, alléguant qu’il se portait beaucoup mieux, qu’il était prêt à pratiquer la médecine à nouveau, et qu’il songeait à se marier… et à fonder une nouvelle famille !
PAS SI FOU QUE ÇA ? Selon son psychiatre traitant, le docteur Pierre Rochette, Guy Turcotte n’affiche aucun symptôme d’une quelconque maladie mentale. Non seulement il ne prend plus d’antidépresseurs, mais il ne suit aucune thérapie. Se pourrait-il que les jurés qui ont décidé à la surprise générale que Turcotte ne pouvait pas être tenu criminellement responsable du meurtre sordide de ses deux enfants aient été bernés ? Que le monstre de Piedmont savait parfaitement ce qu’il faisait ? Qu’il a trompé tout le monde ? Qu’il nous a « joués » comme si on était un piano à queue ? Que son acte était froidement prémédité ? On est en droit de se poser la question… DES ROCK STARS Non seulement Turcotte est prêt à se marier et à avoir d’autres enfants, ce qu’il pourra peut-être faire dans un an, quand il retournera « dans la communauté », mais il reçoit des lettres d’admiratrices en prison ! Vous imaginez ? Des folles lui écrivent pour lui déclarer leur amour ! J’imagine qu’elles trouvent qu’il fait pitié et qu’il est une pauvre victime de son ex… C’est un classique : TOUS les tueurs en série qui poireautent en taule reçoivent des demandes en mariage. Tous. Scott Peterson, un Américain qui a été trouvé coupable d’avoir assassiné son épouse alors qu’elle était enceinte, en 2004, a reçu sa première demande en mariage de la part d’une admiratrice… une heure après être entré en prison ! Une trentaine d’appels téléphoniques ont dû être repoussés par les surveillants le jour de son arrivée dans la prison de San Quentin : des femmes les suppliaient pour obtenir l’adresse postale de Peterson et une jeune femme de 18 ans voulait l’épouser immédiatement. « JE L’AIIIIIIME ! » En 2005, le San Francisco Chronicle affirmait que 99 % des lettres reçues par les condamnés à mort de la prison de San Quentin provenaient de femmes. Pendant ce temps-là, des gars honnêtes et sympathiques éprouvent de la difficulté à se trouver une compagne car les femmes les trouvent trop doux et trop gentils… En 1991, la journaliste et spécialiste de la violence conjugale Sheila Isenberg a publié un livre intitulé Women Who Love Men Who Kill. Pour l’occasion, elle a interviewé 30 femmes qui ont épousé des détenus condamnés à mort. Sa conclusion : la plupart de ces femmes ont été abusées dans leur jeunesse. Pour elles, un coup de poing, c’est comme un bec, une façon qu’ont certains hommes de montrer à leur femme qu’ils les aiment et qu’ils tiennent à elle… ÉTERNELLES VICTIMES Regardez Jean-Guy Tremblay, qui a été condamné à répétition pour violence envers les femmes : une fille de la région de Québec veut le marier ! Et devinez quoi ? Elle a déjà été victime de violence ! « Chaque torchon trouve sa guenille », disait ma mère. Il faudrait peut-être montrer à ces guenilles qu’elles sont en fait de magnifiques tissus qui méritent mieux que de se faire traîner dans la boue…
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Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
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