20 Novembre 2011The Stephen Harper Show
Afin de saluer le retour des 2 000 soldats qui ont participé à la mission canadienne en Libye, Stephen Harper prépare un gros show, jeudi.
Au programme : inspection de la garde d’honneur, salut royal, salve de 21 coups de canon et défilé aérien avec trois vagues d’avions militaires qui vont survoler bruyamment le Parlement… Bref, l’Armée canadienne va se péter les bretelles et célébrer en grandes pompes sa victoire éclatante sur le méchant Khadafi (qui, il n’y a pas si longtemps, était un grand ami de l’Occident). AVEC TAMBOURS ET TROMPETTES J’avoue que je suis partagé devant ce spectacle son et lumière. D’un côté, j’approuve le fait que l’État salue les militaires canadiens qui ont — c’est vrai — joué un rôle important en Libye. De l’autre, ce patriotisme bling bling emprunté à la France (un pays qui ne peut pas célébrer sa fête nationale sans entonner son ode à la guillotine et sortir ses jets et ses blindés) me laisse froid. Il me semble que — mis à part ce qui est arrivé en octobre 70, quand l’Armée canadienne a pris nos rues d’assaut pour « nous libérer de la menace terroriste » —, ça ne cadre pas avec la vision qu’on a toujours eue du Canada. C’est ça, qu’on veut, comme pays (car jusqu’à preuve du contraire, nous habitons toujours au Canada) ? De gros drapeaux, des défilés militaires et la photo de la Reine partout, afin de nous rappeler que nous faisons partie d’un Empire ? AVE CESAR Moi, si j’étais soldat, je serais indigné que mon premier ministre utilise ce que j’ai fait à des fins politiques. Car c’est ça, dans le fond : si des avions tonitruants vont survoler le Parlement, jeudi, c’est moins pour saluer le courage des soldats canadiens qui ont combattu en Libye que pour applaudir la fermeté et la force morale de Stephen Harper. Le Premier ministre utilise les fonds de l’État pour se faire une belle campagne de pub sur le dos de l’Armée. C’est pour ça qu’on envoie nos militaires à l’autre bout du monde ? Pour qu’à leur retour, un politicien puisse se présenter comme « le grand défenseur de la liberté » et ainsi, se faire réélire ? Si c’est ça, elle est belle, la démocratie ! C’est à se demander pourquoi on tient tant à l’exporter au bout du fusil… HEE HAW ! Pas étonnant qu’une sénatrice conservatrice veuille remplacer le castor par un ours polaire. L’animal imposant — et menaçant — cadre beaucoup plus avec l’idéologie de Stephen Harper qu’un petit rongeur besogneux à la queue plate qui construit des barrages dans des lacs… Le Canada sous Harper me fait penser à un p’tit nerd à lunettes sympathique que son père veut transformer en « jock ». Il fait des push-ups et lève des poids pour faire plaisir à son papa, mais ça ne « fitte » pas avec ce qu’il est vraiment, on le sent mal à l’aise, pas à sa place… On a l’impression que Harper tente d’imposer la mentalité des cow-boys de l’Alberta à tout le pays. JOHN ET JERRY Cela dit, les Canadiens ont voté pour lui librement. Mais avaient-ils le choix ? C’était John Wayne Harper ou Jerry Lewis Ignatieff…
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Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
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