27 Novembre 2011La mort dans l'âme![]() Le 27 octobre, j’ai publié un courriel que j’avais reçu d’une lectrice de Saint-Hubert. Cette dame se demandait pourquoi aucun docteur ne lui avait dit que sa fille de 15 ans prenait du Prozac pour traiter une dépression majeure. Il a fallu que sa fille fasse une tentative de suicide pour qu’elle l’apprenne. LA CONFIDENTIALITÉ « La loi dit qu’un jeune peut avoir accès à des services de santé confidentiels à partir de 14 ans, à moins qu’il n’y ait un danger immédiat pour sa vie, m’a-t-elle écrit. Je comprends. « Mais comment une jeune de 15 ans peut se sortir d’une dépression sans que ses parents ne soient au courant du mal dont elle souffre ? Après tout, il ne s’agit pas d’une MTS ni d’une prescription de pilule anticonceptionnelle ! « Je trouve aberrant que l’on ait attendu que ma fille fasse une tentative de suicide pour m’en parler. Sans cela, je n’aurait rien su et n’aurait pas pu demander l’aide nécessaire… » À L’OEIL Étant père d’une ado du même âge, la lettre de cette dame m’a beaucoup touché. Je lui ai donc écrit pour lui demander comment sa fille se portait. « Pas très bien, m’a-t-elle répondu. J’ai quitté momentanément mon emploi pour être à ses côtés 24 heures sur 24. » Faites attention, lui ai-je répondu. Des amis ont vécu la même chose, ils ont pris congé pour surveiller leur fils qui venait de faire une tentative, mais le jour même où ils sont retournés au boulot, leur fils a recommencé et cette fois-là, il ne s’est pas raté. Ils l’ont trouvé pendu en revenant à la maison. Je ne veux pas vous faire peur, juste vous avertir… LE VIDE Je viens de recevoir un courriel de cette dame. Sa fille s’est suicidée. « Mon bel amour s’est enlevé la vie dans la nuit de jeudi à vendredi. Elle s’est pendue et mon conjoint la découverte pendant que j’étais sous la douche, mais il était déjà trop tard… « J’aimerais bien que tes amis qui ont vécu la même chose puissent me dire comment on survit à ça, car je n’en ai aucune idée tellement je suis vide en dedans. « Je suis dans le déni total et j’attends toujours qu’elle revienne. Elle m’a envoyé des anges pour m’aider à préparer la cérémonie de dimanche (aujourd’hui), car je n’en aurais jamais eu la force. » Cette fille s’appelait Jennifer Finnerty. Une beauté. Quinze ans, dans la force de l’âge, toute la vie devant elle. LA LUMIÈRE Je ne sais pas quoi vous dire, madame. Je ne comprends pas cette envie de mourir, ça me dépasse. Qu’est-ce qu’il faut faire quand notre enfant va mal ? Comment l’aider ? Comment lui redonner envie de vivre ? Comment convaincre une personne envahie par les ténèbres qu’un jour, une lumière finira par tout illuminer ? En passant, le fils de mon ami qui s’est enlevé la vie le 14 décembre 2009 aurait eu 18 ans aujourd’hui. « J'ai mal comme tu ne peux pas l'imaginer, m’a écrit mon ami hier. Le deuil d'un enfant dure toute la vie. Il nous faut apprendre à vivre avec cette absence. « Je souhaite à la dame qui t’a écrit de trouver des bras pour s'y blottir. Et pleurer. Pleurer. Pleurer. »
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Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
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