10 Décembre 2011

Permalink 09:13 am, Richard Martineau / Franc-parler, 560 mots  

Battre son enfant "par amour"

Il y a quelques jours (le 26 novembre, pour être plus précis), je me demandais si notre relativisme culturel ne nous avait pas empêché de prévenir la mort des trois filles Shafia et de leur ex-belle-mère.

Se pourrait-il que les différents intervenants qui ont écouté les sœurs Shafia se sont dit : « Oui, le père et le frère de ces jeunes filles semblent très contrôlants, mais c’est comme ça, chez ces gens-là ? », ai-je écrit.


PAS LA MÊME SITUATION ?

Mercredi dernier, Marie-Claude Malboeuf de La Presse a justement publié un reportage sur la question.

Comment réagissent les intervenants lorsqu’ils sont confrontés à des cas de violence familiale impliquant des membres de communautés culturelles ? Sont-ils plus conciliants ? Mettent-ils de l’eau dans leur vin ?

Ont-ils tendance à voir les choses « autrement », à moduler leur jugement, à être moins critiques ?

L’un des intervenants rencontrés dans le cadre de ce reportage tient des propos hallucinants, qui m’ont fait bondir. Il s’agit de Noureddine Belhocine, le directeur de la Maison internationale de la Rive-Sud :

« Quand une maman frappe son enfant de bonne foi, avec tout l'amour qu'elle a pour lui, comme elle l'a toujours fait dans sa vie antérieure, on ne peut pas appliquer la loi de façon bête et méchante, dit l’intervenant.

« Elle n'est pas dans la même situation que le Québécois qui connaît la Loi sur la protection de la jeunesse depuis l'enfance. »


CITOYENNETÉ ASYMÉTRIQUE

Pardon ?

Êtes-vous en train de me dire qu’une immigrante qui bat son enfant est moins coupable qu’une Québécoise de souche qui commet le même crime ?

Pourquoi ? Parce qu’elle vient d’arriver au Québec et qu’elle ne connaît pas nos lois ?

Le code criminel est très clair : « Nul n’est censé ignorer la loi ». Ça ne s’applique pas aux nouveaux venus, ça ? Seulement aux gens qui sont nés ici ?

Et c’est quoi, cette expression stupide : « Frapper son enfant de bonne foi, avec tout l’amour qu’on a pour lui » ?

Dirait-on la même chose d’une Québécoise de souche : « La pauvre dame a frappé son enfant par amour » ?

Non : on dirait qu’elle l’a battu, point.

Pourquoi met-on des gants blancs jusqu’aux coudes lorsqu’il est question des immigrants, alors ?

C’est quoi, ce double discours ?


DES PROPOS INACCEPTABLES

Faudrait choisir : ou les nouveaux Québécois sont des citoyens À PART ENTIÈRE qui ont les mêmes droits et les mêmes DEVOIRS que tout le monde, ou ce sont des citoyens « différents » qui forment une catégorie à part.

On ne peut pas être l’égal de tout le monde un jour, puis être différent le lendemain, selon que ça nous arrange ou pas.

« On ne peut pas appliquer la loi de façon bête et méchante lorsqu’il est question d’une immigrante qui bat son enfant », croit monsieur Belhocine.

Quelle idiotie.

Faudrait juger le père Shafia de façon différente de n’importe quel autre citoyen canadien, donc ?


LA BELLE EXCUSE

C’est exactement ça que je disais à propos de l’affaire Shafia : poussé à bout, le relativisme culturel est une tare qui justifie tout, même le meurtre.