14 Décembre 2011

Permalink 16:23 pm, Richard Martineau / Franc-parler, 611 mots  

Jour de deuil

Donc, l’ADQ et la CAQ ont fusionné.

Enfin, c’est ce qu’on dit. En fait, il s’agit plus d’une dissolution qu’un mariage.

On a pris le carré de sucre de l’ADQ, et on l’a jeté dans le café de la CAQ.

Il ne restera plus rien du parti fondé par Mario Dumont. Une vague saveur, c’est tout.

Comme lorsqu’on goûte un plat, et qu’on se demande : « Il y a comme un p’tit goût. C’est quoi ? Du gingembre ? De la cannelle ? »


LE BOUILLI

Avez-vous déjà mangé du tofu ?

C’est une matière qui ne goûte rien. Mélangez du tofu avec du maïs, ça va goûter le maïs. Mélangez du tofu avec du sirop d’érable, ça va goûter le sirop d’érable.

C’est le caméléon de la bouffe.

Le parti de François Legault est comme ça. Pour quelques jours, il va goûter un peu l’ADQ. Mais au fur et à mesure que d’autres noms vont s’ajouter au parti, le goût va peu à peu se transformer.

Il va y avoir des saveurs libérales, des accents péquistes, un p’tit goût conservateur…

Bref, un gros boulli. Tu coupes des légumes, tu fous ça dans la mijoteuse et tu laisses macérer le temps que les ingrédients se mélangent…


OPPORTUNISTES ? NOOOOON…

Les adéquistes qui s’apprêtent à quitter leur pirogue trouée pour sauter sur le yacht rutilant de François Legault disent qu’ils ont changé d’équipe pour mieux faire avancer leurs idées.

Ils vont pouvoir, disent-ils, influencer François Legault et ramener son parti plus à droite.

Leur idéalisme fait chaud au cœur. Un peu plus et j’écraserais une larme, tiens…

La réalité est que dans les derniers sondages, la CAQ faisait du surf en haut de la vague et l’ADQ buvait la tasse dans le fond de la piscine.

Dans ce temps-là, tu n’as aucun pouvoir de négociation.

Les adéquistes ont autant de chance de peser dans la balance caquiste que les indignés, de transformer le système économique mondial en faisant du camping.

Mais, bon, donnons la chance aux coureurs. On ne sait jamais, en politique (surtout en politique québécoise), tout peut arriver…

On peut jeter Gilles Duceppe à la rue un jour, puis l’accueillir comme un héros le lendemain.


LES ORPHELINS

Reste que pour les tenants de la droite (la vraie droite, celle qui veut amincir l’État, non la « droite inefficace » de Jean Charest, qui gave la bête avec un entonnoir), hier était un jour de deuil.

Comme l’écrivait J. Jacques Samson, il n’y a plus de formation politique pour porter le ballon de la droite.

On aura le choix entre la gauche, l’extrême gauche, la gauche social-démocrate et la gauche souverainiste.

Bref, entre plus d’État, pas mal plus d’État, beaucoup plus d’État et mauditement plus d’État.

Le plus drôle est que lorsqu’on demande aux gens s’ils veulent qu’on amincisse l’État, ils répondent Oui en majorité. Mais quand vient le temps de voter, ils boudent le seul parti qui promet de brocher l’estomac du gouvernement.

Cherchez l’erreur…


LENDEMAIN DE VEILLE

« L’amour est aveugle et le mariage lui rend la vue », dit le proverbe.

Je ne veux pas briser la lune de miel, mais c’est ce qui risque d’arriver aux adéquistes qui ont promis fidélité à Legault…