19 Décembre 2011

Permalink 13:23 pm, Richard Martineau / Franc-parler, 612 mots  

La doctrine Dylan

Lorsque le Bloc a mangé la poussière, le 2 mai dernier, les tenants de la droite ont dit que cette dégelée sonnait la fin d’une époque.

L’axe gauche-droite allait désormais remplacer l’axe souverainisme-fédéralisme.


DES ÉTIQUETTES INUTILES

J’avoue que j’ai cru à cette analyse. Moi aussi, je me suis mis à observer l’actualité québécoise en utilisant la loupe gauche-droite, dans mes chroniques.

Mais plus je regarde les choses aller, moins je souscris à cette théorie.

En fait, je crois que les Québécois se foutent pas mal des concepts de « droite » et de « gauche ». La plupart ne savent même pas ce que ces mots veulent dire.

Faites-le test de la cafétéria. Demandez à vos collègues de travail quel politicien est de gauche ou de droite, ces temps-ci.

La majorité d’entre eux vont hausser les épaules.

Ces étiquettes idéologiques sont peut-être très importantes en France et aux États-Unis, mais ici, elles ne veulent pratiquement rien dire.


DE L’ACTION !

« There’s no left or right, there’s only up and down », a déjà dit Bob Dylan.

C’est exactement comme ça que les Québécois pensent. L’Important n’est pas de pencher à gauche ou à droite, l’important est de bouger, d’agir, d’apporter des solutions concrètes susceptibles de donner un élan au Québec et de lui permettre de prendre — enfin — son envol.

Regardez ce qui arrive avec la CAQ. S’il y avait des élections aujourd’hui, le parti de François Legault remporterait la mise les doigts dans le nez.

Mais lorsqu’on demande aux Québécois si la CAQ est de gauche ou de droite, la plupart répondent : « Je ne sais pas. »

À la limite, ce n’est pas important. Cette question fait peut-être triper les chroniqueurs professionnels et les analystes politiques, mais elle laissent l’électeur moyen complètement froid.

Monsieur et madame Tout-le-monde n’en ont rien à foutre des questions abstraites, théoriques.

Ils veulent de l’action !


UN DÉBAT THÉOLOGIQUE

Tous les chroniqueurs du Québec (dont votre humble serviteur) se demandent si la droite de l’ADQ va réussir à survivre lorsqu’elle sera officiellement absorbée par la CAQ.

Vous savez quoi ? Les gens s’en foutent éperdument !

Pour eux, c’est de l’enculage de mouches.

Se demander si François Legault est de droite ou de gauche, c’est comme se demander combien d’anges peuvent tenir sur la tête d’une épingle. C’est un débat théologique stérile, qui excite peut-être les exégètes, mais qui emmerde tout le monde.

Voilà pourquoi les Québécois peuvent, dans le même souffle, dire qu’ils aiment à la fois Amir Khadir et François Legault.

Parce que pour eux, ce sont deux politiciens qui combattent l’immobilisme.

Qu’importe si l’un pousse à gauche et l’autre tire à droite : ils bougent, c’est le principal ! Ils proposent une autre façon de faire les choses.


UNE INCOHÉRENCE COHÉRENTE

Immature, comme réflexe ? Peut-être.

Mais c’est comme ça que le Québécois moyen pense, qu’on le veuille ou pas.

Pour les politologues, voter NPD au fédéral et Legault au provincial est une aberration, une incohérence.

Pas pour l’électeur moyen.

C’est dans les deux cas voter pour « le changement ».

L’axe souverainisme-fédéralisme n’a pas été remplacé par l’axe gauche-droite, mais par l’axe immobilisme-changement.

Qu’importe où tu vas. L’important est que tu ailles quelque part.