13 Janvier 2012

Permalink 07:42 am, Richard Martineau / Franc-parler, 656 mots  

Les sans-abri sont chanceux!

Il est beaucoup question de maladie mentale chez les itinérants, ces temps-ci, surtout depuis la mort de ce sans-abri qui s’est fait tirer dessus par un policier, la semaine dernière…

On dit que les sans-abris sont malheureux et que plusieurs souffrent de troubles psychologiques graves — schizophrénie, dépression…

Moi, je dis que tout ça, c’est pas vrai. Ce sont des mensonges !

Allez au Centre Guy-Favreau, un après-midi, vous allez voir : ils ne s’ennuient pas, les sans-abri : ils passent leurs journée assis sur un banc à se parler tout seul !

L’autre jour, il y en a un qui riait aux éclats. Il était assis dans un coin, à terre, à côté d’une poubelle, pis y avait l’air à avoir du fun !

Je me disais : il est chanceux, lui, il ne court pas comme nous, il n’a pas à se lever de bonne heure pour aller travailler, personne l’achale, pas d’enfant qui l’appelle papa, pas d’ami qui lui demande d’aller prendre une bière, pas de blonde qui lui dit « Minou, je t’aime, quand est-ce qu’on va se marier? », pas d’impôt à payer, la paix, la liberté…

Si j’avais eu le temps, je me serais arrêté pour lui jaser un peu, mais je ne pouvais pas, j’avais rendez-vous avec mon comptable…

On dit que le système a laissés tomber les sans-abri. Faux !!!!

La preuve qu’on a leur bonheur à cœur : on les a sortis des asiles !

On leur a ouvert la porte, pis on leur a dit :

« Au lieu de vous péter la tête contre un mur capitonné, aller quêter dans une bouche de métro ou un guichet automatique ! Vous allez voir, vous allez vivre toutes sortes d’aventures extraordinaires !

Vous allez vous faire des amis : des bums, des toxicomanes, des policiers…

Avec un peu de chance, vous aller vous faire battre, et vous allez vous retrouver dans un beau corridor, à l’hôpital, entouré de vieux qui chient dans leur culotte, qui ne se souviennent pas de leur nom et qui se plaignent toute la nuit. »

C’est pas excitant, ça ?

Bon, oui, c’est vrai, on aurait pu les encadrer un peu plus…

Mais ça prend des ressources, ça ! Ça prend de l’argent !

Les cadres du système de santé nous bouffent déjà un milliard de dollars par année, on n’a pas une cenne DE PLUS à verser à une gang de tout-nus !

Et puis, ça fait tellement du bien de donner une piasse à un sans-abri.

L’autre jour, en sortant de la SAQ, j’ai déposé les deux bouteilles de champagne que j’avais achetée pis j’ai fouillé dans mes poches pour donner deux piasses à un sans-abri.

Ah qu’il était content ! On aurait dit un p’tit chien qui vient de recevoir un biscuit. Un peu plus, puis il se faisait aller la queue !

Ah, j’étais fier de moé…

Le soir, j’ai raconté ça à mon courtier pis à sa femme, qu’on recevait à souper, chez nous, à Outremont. Écoute, on était ému aux larmes, juste t’en parler, j’ai le poil qui me redresse sur les bras…

Non, c’est vrai, si y avait pas de misère, comment on pourrait être généreux, hein ? Comment on pourrait se laver la conscience ?

En fait, moi, je dis qu’il n’y a pas assez de quêteux, dehors… On devrait prendre les enfants de la DPJ et les sacrer dans la rue, eux autres aussi…

Imaginez : aider un enfant !

Ça serait-y assez beau ?

Et une fois par année, on pourrait faire un téléthon juste pour eux autres, avec des vedettes has been qui ont besoin de se montrer la fraise…


(Avis aux gens qui n'ont pas le sens de l'humour: ce texte doit être pris au second degré...)