22 Janvier 2012

Permalink 09:31 am, Richard Martineau / Franc-parler, 575 mots  

Devenir quelqu'un

Dans The Iron Lady, le film sur Margaret Thatcher, l’ex-dame de fer, incarnée par une Meryl Streep hallucinante de vérité, prononce une phrase brillante qui résume parfaitement notre époque :

« Avant, ce qui comptait, c’est ce que tu faisais. Maintenant, c’est qui tu es. »


LE RÈGNE DES BOZOS

Tout est là.

Prenez la politique. Avant, on s’intéressait aux actions des élus. Maintenant, on s’intéresse à leur personnalité.

Dans quelle maison ils habitent, avec qui ils couchent, les disques qu’ils écoutent, les films qu’ils regardent…

C’est le « people » qui compte.

Qu’a fait le bozo qui s’est filmé en brûlant un feu rouge sous la barbe des policiers, à Laval ?

Rien. C’est un imbécile, une tête à claques.

Mais il est connu de tout le Québec. Il est devenu « quelqu’un ».

Idem pour l’autre bozo qui engueulait un portier en criant que son père était « riche en tabarnak ». Le gars est maintenant payé pour faire des apparitions dans des bars.

Il n’a rien fait, mais il est connu de tout le monde et il peut monnayer ses 15 minutes de gloire.


LES INVASIONS BARBARES

C’est fou, mais c’est comme ça que ça se passe, maintenant.

Les médias sociaux, qui devaient « éclairer et informer les gens » (quelle blague), permettent à de sombres crétins de devenir des vedettes instantanées.

Thatcher (qui a sorti à bouts de bras son pays de la faillite, un exploit remarquable qui mérite toute notre admiration, quoiqu’en pensent les gauchistes de salon qui ne connaissent d’elle que la stupide chanson de Renaud) avait raison.

Avant, pour devenir une célébrité, il fallait gagner une guerre, inventer l’automobile, faire le tour du monde en monoplace, découvrir un fleuve…

Aujourd’hui, il suffit de faire le con sur Facebook, et le tour est joué.

C’est ce que Denys Arcand appelle « les invasions barbares ».

La victoire du crétinisme, l’ignorance et l’imbécillité qui se propagent plus vite que le virus de l’ebola…


NOTE EN BAS DE PAGE

Comme Christian Dufour et Mathieu Bock-Côté, j’ai été très choqué par le film The Iron Lady.

J’ai trouvé que la réalisatrice prenait un malin plaisir à montrer Margaret Thatcher vieillissante, diminuée, malade, comme si elle se disait : « Tiens, ma vieille chipie, je vais régler ton compte et je vais déboulonner ta statue ! »

Mais qui sait ? La réalisatrice voulait peut-être justement montrer cela : l’agonie de l’intelligence et du courage dans un monde de plus en plus vide, de plus en plus pleutre, de plus en plus con.

Comme si elle disait : « Regardez, voici le monde d’aujourd’hui : les Kardashian sont des vedettes adulées et plus personne ne se souvient de Margaret Thatcher, elle est devenue une note en bas de page, une vieille dame qu’on croise à l’épicerie et qu’on ne reconnaît plus… »


FIERS D’ÊTRE CONS

Christian Rioux, du Devoir, avait déjà écrit une belle chronique sur ce qu’on pourrait appeler « la culture de l’inculture ».

Il disait qu’avant, les gens incultes avaient honte de leur ignorance. Ils tentaient de la masquer, de la cacher.

Maintenant, les caves sont tout fiers d’exhiber leur bêtise. Ils la montrent à la face du monde en se pétant les bretelles.