11 Février 2012Combien ça vaut?
Vous allez peut-être dire que je suis trop mou et pas assez à droite à votre goût, mais chaque fois que j’entends des gens dire que les infirmières, les profs ou les éducateurs en garderie en demandent trop, j’éprouve une certaine gêne.
J’ai de la difficulté à leur jeter la pierre et à les traiter d’enfants gâtés. IL Y A PIRE Oui, c’est vrai, au bout du compte, c’est nous tous qui payons. Et comme l’a dit la ministre Yolande James, « il y a une limite à la capacité de payer des contribuables ». Mais quand je lis que nous dépensons 49 millions de dollars par année pour garder un système monarchique d’une inutilité crasse (« On a autant de besoin d’un gouverneur général et de lieutenants gouverneurs que de grelots après nos pantoufles », comme l’a écrit mon impayable confrère Michel Beaudry), je me dis que rayon dépenses, il y a pire. Si on arrêtait de flamber des gonzillions de dollars dans des niaiseries sans nom (rappelez-vous le milliard qu’a coûté le fameux sommet du G-20), on pourrait peut-être mieux traiter les gens qui s’occupent de nos enfants, de nos malades et de nos personnes âgées. LA « PRIORITÉ NUMÉRO UN » Oui, 11,25 % d’augmentation sur trois ans, 10 jours de congé « personnel », 13 jours de congé férié et six semaines de vacances, c’est énorme. Surtout que les éducateurs de CPE n’ont pas la même formation que les profs. Mais passeriez-vous vos journées entourés de 10 bambins en bas âge, vous ? La plupart des parents ne pourraient même pas supporter de passer un après-midi complet avec leur p’tit monstre… Vous me direz que c’est leur boulot, que personne ne les a forcés à choisir cette profession, que si les éducateurs n’aiment pas leurs conditions de travail, ils peuvent partir et faire autre chose, personne ne les retient. Vous avez raison. Mais pour moi, il n’y a pas de tâche plus importante dans la vie et dans la société que de prendre soin des enfants. C’est la « priorité numéro un », pour reprendre le pléonasme populaire. Dans la pyramide des boulots dignes de respect, celui-là se situe tout en haut. DE L’AMOUR Mon fils de quatre ans fréquente un CPE, et les éducateurs qui s’en occupent sont formidables. Ils ne font pas que jouer avec lui, ils le consolent, l’écoutent, l’encouragent, l’encadrent, l’aident à grandir… Tiens, je vais sortir le gros mot : ils l’aiment, et mon fils les adore. Ça vaut combien, ça ? Combien vous êtes prêts à payer pour obtenir ce « service » qui vous permet d’aller travailler la tête tranquille de 7 heures du matin à 18 heures ? Il me semble que ça vaut tous les bonis et tous les parachutes dorés qu’on verse aux gestionnaires du service de santé… DANS LE MÊME SAC Je ne dis pas qu’il faut répondre automatiquement et aveuglément à toutes les demandes de la CSN, et plier le dos dès que leurs membres menacent de débrayer. Mais il y a une différence entre être un pousseux de crayon dans un bureau du gouvernement, et s’occuper d’enfants dans une garderie. On ne peut pas mettre tous ces fonctionnaires dans le même sac…
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Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
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