12 Février 2012Sortir le fouet
Vous avez fait une crise d’apoplexie quand le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu s’est demandé à voix haute si on ne devrait pas ramener la peine de mort pour les tueurs en série ?
Si oui, accrochez votre capine avec de la broche. En effet, aux États-Unis, un spécialiste du système de justice promulgue le retour… du fouet ! LE CHOIX Ex-policier à Baltimore, diplômé de Harvard et professeur de droit et de sociologie à l’université, Peter Moskos a été salué par le prestigieux magazine The Atlantic comme l’un des penseurs les plus brillants et les plus audacieux de sa génération. Dans son premier livre, Cop in the Hood, un récit à la première personne de ses années tumultueuses passées à patrouiller les quartiers les plus démunis et les plus criminalisés de Baltimore (pensez à la passionnante série The Wire, qui se déroulait justement dans ce secteur), Moskos prenait position pour la légalisation des drogues. Cette sortie lui a valu les remontrances du gouvernement Obama. Dans son deuxième livre, In Defense of flogging, Moskos propose — tout comme Pierre-Hugues Boisvenu — qu’on laisse le choix aux criminels. Pas entre la corde et la prison, par contre, mais entre la prison et le fouet ! LA VRAIE BARBARIE Le système pénitentiaire américain, dit Moskos, est archaïque, cruel et barbare. La violence règne dans les prisons et les détenus sont laissés à eux-mêmes et se marchent littéralement sur les pieds. Condamner un individu à y passer 5, 10 ou 15 ans est proprement inhumain. Pourquoi ne permettrait-on pas aux condamnés de choisir entre le fouet et un séjour en prison ? Le nombre de coups de fouet administrés par le bourreau serait proportionnel au crime commis… « Je suis sûr que la grande majorité des détenus confrontés à ce choix opteraient sans hésiter pour le fouet, écrit Moskos. « Ça nous permettrait de punir les coupables, de leur offrir une chance de refaire leur vie et d’offrir aux victimes la satisfaction que justice a été faite. « Si vous voulons punir les criminels — et c’est ce que nous voulons —, il vaut mieux les fouetter que les torturer à petits feux en les envoyant passer 10 ans dans le goulag de l’incarcération. Pour la plupart des gens, l’interdiction du fouet a marqué la fin de la barbarie aux États-Unis. Or, le système pénitencier actuel est aussi barbare, sinon plus, que la peine du fouet ! « Pourquoi, au nom de la compassion, la société ne permettrait-elle pas aux condamnés le droit de choisir librement la peine qu’ils veulent recevoir ? » LES VRAIES CHOSES Grotesque, comme position ? Inacceptable, irresponsable ? Pour Moskos, ça dépend où l’on se situe. Ce qui serait vraiment cruel, selon lui, est de ne pas laisser le choix aux condamnés. Randy Cohen, un ancien journaliste du New York Times spécialisé en éthique, a salué la sortie du livre de Moskos en disant qu’il a le mérite de dire les vraies choses — à savoir que, contrairement à ce que la majorité des gens croient, le système pénitentiaire actuel N’EST PAS humain. Il est aussi cruel et sauvage que le fouet. Alors, pourquoi ne pas laisser les condamnés choisir la barbarie qui fait le mieux leur affaire ?
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Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
Pour lui écrire, cliquez ici! Pour lire sa biographie, cliquez ici! Pour lire ses chroniques, cliquez ici! 10 derniers articles10 derniers commentaires
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