13 Février 2012Contre la pensée unique
J'ai reçu ce courriel d'un lecteur:
"Oh que tu as raison! On critique Lisée, voilà que nous sommes de droite! On critique Duhaime, voilà que nous sommes de gauche! Pas moyen de placer un mot dans ce schéma de pensée réducteur. Ne lâche pas s'il te plaît. Il faudra un jour que ce peuple devienne adulte! "De la nuance avant toute chose" écrivait Verlaine..." L'esprit de meute
J'ai toujours dit que j'ai les dogmes en horreur.
Les gens qui voient la réalité d'un seul oeil m'ont toujours semblé suspects. Tu mets des lunettes bleu et tu vois TOUT le monde en bleu? Non, très peu pour moi... Oui, on peu avoir un penchant (par exemple, je penche en général plus vers la droite que vers la gauche — en tout cas, en ce qui concerne l'économie), mais j'ai toujours cru que les gens qui analysent la réalité à travers une seule grille passent à côté de la complexité de la vie... Quoiqu'en pensent les adeptes de la pensée unique, la vie ne se limite pas à un combat droite-gauche... Samedi, j'ai écrit une chronique pour lever mon chapeau aux hommes et aux femmes qui travaillent dans les CPE. Je ne me suis pas prononcé sur le mode de financement des CPE, pour dire si ça devrait être privé ou public, non... J'ai seulement dit que ces gens exercent un métier hyper difficile et qu'ils méritent tout notre respect. Or, qu'est-il arrivé? Tout la droite m'est tombée dessus comme une meute!!!! Soudainement, je suis devenu un "traître à la cause"! Calmez-vous, les amis! Vous agissez comme les communistes que vous passez votre temps à dénoncer. On est COMPLÈTEMENT avec vous, ou COMPLÈTEMENT contre vous. Ça va pas, la tête? Parce que j'ai levé mon chapeau aux éducateurs de CPE, et parce que j'ai dit que pour moi, ce ne sont pas des fonctionnaires comme les autres, je fais maintenant partie de "la gang du Plateau"? Coudonc, vous avez 12 ans d'âge mental, ou quoi? Ce n'est pas avec cette mentalité du TOUT OU RIEN que vous allez augmenter vos rangs et convaincre les sceptiques... Combien ça vaut? (2)
Vous voulez faire réagir les gens ? Parlez des éducateurs en garderie : résultat garanti ou argent remis.
Ma chronique de samedi sur les CPE m’a valu des commentaires haut en couleurs. Et je pèse mes mots. C’EST VOTRE PROBLÈME ! Rayon Chacun pour soi : « Je n’ai pas d’enfant, alors je ne vois pas pourquoi je paierais pour que vous fassiez garder les vôtres. » Ça, c’est un citoyen ! Et le pire est que plusieurs personnes m’ont envoyé un courriel allant dans ce sens. Poussons cette logique jusqu’au bout : « Je ne suis pas malade, pourquoi je paierais pour le système de santé », « Je ne suis pas vieux, pourquoi je paierais pour les vieux », « Je n’ai pas d’auto, pourquoi je paierais pour les routes », « Je suis aveugle, pourquoi je paierais pour financer des films », etc. À ce compte-là, allons tous vivre dans le bois et construisons-nous chacun une cabane dans un arbre ! COUCHÉS DANS LE SOUS-SOL Certains lecteurs m’ont dit qu’ils sont écoeurés de voir les fonctionnaires s’en mettre plein les poches. « Comme les commis de la SAQ qui sont payés 25 $ l’heure pour rangers des bouteilles sur des étagères… » Si tout ce que vous faites avec vos enfants est de les secouer, de les montrer à vos amis pour les impressionner (« Dans 10 ans, ils vont être à point ») et de les coucher, effectivement, ça ressemble à la job d’un commis de la SAQ. Mais ce n’est pas vraiment comme ça que ça fonctionne dans les CPE. Et puis, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c’est rare qu’un Sauvignon blanc chie dans ses culottes en criant « Maman »… À LA MAISON Certains m’ont dit que si les enfants, c’est si important, les femmes n’ont qu’à rester à la maison pour les élever. « Dans mon temps, c’est ma mère qui nous élevait, elle ne payait pas des gens pour faire sa job… Aujourd’hui, le problème, est que les gens veulent avoir un trop gros train de vie : deux voyages par année, deux autos, des télés plasma dans toutes les chambres, les restos... Alors ils doivent travailler tous les deux et placer leurs enfants dans des garderies. « À quoi ça sert d’avoir des petits, si nous ne les voyez que deux heures par jour ? Revoyez vos priorités... » La remarque est intéressante. Mais, dites-moi : pourquoi ça serait nécessairement à la mère de rester à la maison ? PAS LES MOYENS D’autres, enfin, comme mon ami Éric Duhaime (qui me répond dans les pages Opinions), disent que c’est le système au complet qui est à revoir. Le gouvernement, disent-ils, n’a tout simplement pas les moyens de se payer un réseau de CPE. Je n’ai aucun problème avec ça. Mon texte ne portait pas sur la question de privatiser ou non les garderies, mais sur l’importance de bien traiter les éducateurs et de reconnaître leur excellent travail. Actuellement, qu’on le veuille ou non, les éducateurs travaillent pour le gouvernement. Mais peut-on vraiment les traiter comme de simples pousseux de crayons ? C’est la seule question que je posais... Et je persiste et signe.
|
Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
Pour lui écrire, cliquez ici! Pour lire sa biographie, cliquez ici! Pour lire ses chroniques, cliquez ici! 10 derniers articles10 derniers commentaires
Archives
Participer au blogueRechercherAutres blogues |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
