14 Février 2012

Permalink 15:52 pm, Richard Martineau / Franc-parler, 516 mots  

Les malades dehors!

Dans une entrevue accordée au journal Le Soleil, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a dit que l'État québécois est coupable d'avoir sorti les malades mentaux dangereux des asiles et de les avoir jetés littéralement à la rue, sans aucune forme de suivi...

Tout à fait d'accord.

L'idée originale était: "Sautez, n'ayez pas peur, on va vous attraper!"

Les malades ont sauté... mais il n'y avait personne en bas qui les attendait avec une toile.

Résultat: ils se sont cassés la gueule et certains (comme Pascal Morin, à Saint-Romain) ont fini par péter les plombs et par tuer quelqu'un...

On a coupé dans les asiles, mais on n'a créé aucun programme pour aider les malades à se réinsérer dans la société.

Finalement, on s'en foutait, des malades. Tout ce qu'on voulait, c'était sauver de l'argent...

C'est ce que ça donne quand on coupe n'importe où, n'importe comment, sans penser aux conséquences...

Voici d'ailleurs un texte que j'ai écrit sur ce sujet en juin 2010:

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BEAU SUR PAPIER

Vous souvenez-vous de la désinstitutionnalisation du ministre Lazure ?

Sous prétexte de permettre aux gens souffrant de maladies mentales de mener une vie normale, on les a sortis des asiles pour les envoyer dans « le vrai monde ».

Sur papier, l’idée était géniale.

Malheureusement, en pratique, c’était une autre paire de manches.

Comme l’a dit le docteur Yves Lamontagne : « On les a sortis des hôpitaux, mais les ressources monétaires et de personnel ne suivaient pas dans la société… »

Résultat : ces malades, qu’on devait aider à réintégrer petit à petit la société, se sont retrouvés dans la rue, faute d’assistance.

En quarante ans, près de 17 000 lits ont été fermés en soins psychiatriques au Québec. À l'hôpital Louis-Hypolyte-Lafontaine, le nombre de personnes hospitalisées, qui était de 6 000 en 1960, est passé à 645.

Le système a fait de grosses économies. Mais pour les patients eux-mêmes, c’était la catastrophe.

On leur a demandé de sauter du dixième étage, mais personne n’était là pour les attraper.


LA MÊME ERREUR

Eh bien, c’est la même chose avec l’intégration des élèves en difficulté.

Sur papier, ce projet est formidable : on va prendre les élèves qui ont de gros problèmes d’apprentissage, et on va les intégrer dans des classes dites « normales ».

Comme ça, ils ne seront pas isolés dans leur petit ghetto, ils vont être stimulés, encouragés à se dépasser.

Le hic, c’est que, pour reprendre les mots du docteur Lamontagne, « les ressources monétaires et de personnel ne suivent pas ».

Non seulement les jeunes profs ne sont pas formés pour encadrer ces élèves spéciaux, mais les écoles manquent de professionnels.

Résultat : les jeunes se pètent la fiole et les profs se tapent des burn-out à répétition.

Quarante ans après l’échec du projet de désinstitutionnalisation, le Québec répète exactement la même erreur.



Permalink 15:26 pm, Richard Martineau / Franc-parler, 569 mots  

Mal au coeur

Ça ne me surprendrait pas que le tueur de Saint-Romain plaide l’aliénation mentale, lui aussi.

Après tout, tuer deux fillettes de 11 et 8 ans n’est pas normal. Aucune personne en pleine possession de ses moyens et avec toutes les pièces à la bonne place ne commettrait un tel geste.

C’est bien la preuve qu’il est fou, non ?


TIRAGE AU SORT

Bientôt, si ça continue, seuls les gangsters iront en prison à perpétuité pour meurtre.

Les autres plaideront tous la folie.

D’ailleurs, c’est étonnant qu’on n’ait pas envoyé Vanessa Tremblay à l’asile plutôt qu’au pénitencier.

La fille poignarde un homme innocent, le découpe en morceaux avec une scie ronde et joue au hockey avec sa tête, et on l’envoie en prison.

Alors que Turcotte tue ses enfants pour vraisemblablement se venger de son ex, et on lui met la camisole de force, en disant qu’il a commis l’irréparable parce que quelque chose en lui avait besoin d’être réparé.

Comprenne qui pourra…

On a l’impression qu’on tire les verdicts et les sentences au sort, en faisant tourner une boule de bingo.

« N-15 ? Dix ans ! G-9 ? 20 ans ! »


LE DERNIER TABOU

Comment célébrer la Saint-Valentin dans un tel contexte ? Comment croire encore à l’amour dans un monde où les parents tuent leurs enfants et où les enfants maltraitent leurs parents ? Où des voisins qui ont paisiblement vécu côte à côte pendant des décennies se massacrent soudainement à coups de hache ?

Il est où, l’amour ?

Certainement pas dans les images olé-olé qu’on nous balance à longueur de journée.

Comme le chante Luc De Larochellière dans Cash City : « Chacun fait le même rêve porno : celui de se tenir la main… »

Dans un monde où le cul ne cesse de se montrer la face, l’intimité devient le dernier tabou à franchir et les soirées en tête à tête, la nouvelle position cochonne.

Les gang bangs et les trips à trois n’ont plus aucun secret pour nous, mais quand vient le temps de se murmurer des mots doux à l’oreille, on ne sait pas comment faire et les oreilles nous rougissent…


UNE PRIÈRE

Voilà pourquoi la chanson de Vincent Vallières nous fait autant de bien. Pendant trois minutes, elle nous fait oublier le cynisme ambiant…

D’ailleurs, écoutez-la bien, vous verrez, c’est moins un hymne qu’une supplication, un souhait, une prière…

Pas « On va s’aimer encore », mais « On va s’aimer encore…. ? », avec un point d’interrogation qui flotte doucement dans l’air…

Dis, tu vas encore être avec moi lorsque j’aurai les cheveux blancs ? Nous allons traverser le temps, survivre à l’époque, être encore capable d’écouter notre cœur dans le chaos ambiant ?


UNE FORCE RÉVOLUTIONNAIRE

« C’est une évidence qui crève les yeux, qui bouleverse en permanence nos vies privées et dont, pourtant, nous osons à peine parler : c’est l’amour qui met du sens dans nos vies. Tout le monde le sait, tout le monde le sent », écrit le philosophe Luc Ferry dans La révolution de l’amour.

L’amour comme force révolutionnaire ?

Pourquoi pas.

Après tout, c’est bien beau, les chiffres, mais si le cœur n’y est pas, à quoi ça sert ?