18 Février 2012Un combat mal mené
Ainsi, la Cour Suprême a décidé à l’unanimité que le cours d’Éthique et de culture religieuse ne porte pas atteinte à la liberté de religion.
Les parents qui militaient pour pouvoir soustraire leurs enfants de ce cours obligatoire devront donc, s’ils veulent avoir gain de cause, poursuivre leur lutte auprès des instances politiques québécoises. SAUVEZ LEUR ÂME ! Il faut dire que ce combat a été mené sur de très mauvaises bases et par les mauvaises personnes. En effet, il y a beaucoup de choses que l’on peut reprocher à ce cours controversé : utiliser l’alibi « culturel » (beaucoup plus rassembleur) pour ramener la religion à l’école par la porte d’en arrière, décourager tout regard critique envers certaines pratiques religieuses questionnables ou instrumentaliser la religion dans le but d’enfoncer le credo multiculturaliste dans la gorge des enfants, par exemple. Mais ce n’est pas ce que reprochaient les parents qui se sont rendus jusqu’en Cour Suprême. Ce qu’ils voulaient, c’est empêcher leurs enfants élevés dans la religion catholique d’être exposés à un autre culte que le leur. Comme si le fait d’entendre parler en bien de Bouddha ou d’Allah allait contaminer leur âme et les encourager à abandonner leur église et à se convertir ! LES SUPER HÉROS Personnellement, je ne vois pas pourquoi on enseignerait la religion à l’école alors qu’il y a d’autres besoins beaucoup plus criants — un cours d’économie familiale, par exemple. Vous voulez transmettre vos croyances à vos enfants ? Faites-le hors des heures de classe, à l’église, à la synagogue, au temple ou à la mosquée de votre choix. Idem pour l’éthique : ce sont les parents qui devraient discuter de morale avec leurs enfants, pas les profs. Malheureusement, ce n’est pas ce que revendiquaient les parents de Drummondville qui ont combattu le cours d’Éthique et de culture religieuse. Leur problème n’est pas qu’on parlait du p’tit Jésus à l’école. Leur problème est qu’on ne parlait pas QUE de lui ! On racontait aussi les miracles effectués par les autres super héros célestes ! Or, quand on tripe sur Batman, on ne veut pas que l’on vante aussi les exploits de Spiderman, de Superman et de Thor… UNE PATATE CHAUDE Moi, si j’étais Pauline Marois ou François Legault, je profiterais de l’occasion pour dire haut et fort que si mon gouvernement était élu, ce cours prendrait le chemin des oubliettes, et Dieu sortirait des classes pour retourner à l’église. Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas de censurer L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf ! Dieu ne deviendrait pas persona nom grata à l’école, on pourrait toujours jouer Jesus Christ Superstar ou Seigneur de Kevin Parent dans les cours de musique ! Mais on pellèterait la question de la religion dans la cour des parents. Malheureusement, pour faire ça, ça prend du courage. Or, quand les politiciens entendent le mot « religion », ils courent vers le lavabo, se lavent les mains comme Ponce Pilate et refilent cette patate chaude aux tribunaux. UNE PRIÈRE Qu’a dit la Cour Suprême ? Que la justice ne peut pas tout régler. Parfois, les politiciens doivent mettre leur culotte, se relever les manches et faire leur job. C’est ce qu’on appelle avoir foi dans le système…
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Richard Martineau est chroniqueur au Journal de Montréal.
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