20 Février 2012

Permalink 07:09 am, Richard Martineau / Franc-parler, 569 mots  

Deux anges sur son chemin

On s’interroge beaucoup, depuis quelque temps, sur l’attitude des policiers lorsqu’ils se retrouvent devant un forcené armé.

Ont-ils tendance à tirer trop vite ? Ne pourraient-ils pas utiliser une méthode moins drastique pour maîtriser ces individus qui, le plus souvent, n’ont pas toute leur tête ?


SOUFFRE-DOULEUR À L’ÉCOLE

Vendredi soir dernier, deux policières de Saint-Léonard ont arrêté un jeune homme aux prises avec de graves problèmes mentaux. Le gars de 28 ans, François, était en pleine crise, et représentait une menace autant pour les autres que pour lui.

La mère du jeune homme m’a contacté pour me raconter son histoire. Je vous transmets son témoignage, qui est à la fois touchant et éclairant.

« Mon fils souffre de personnalité limite, qui a été diagnostiquée alors qu’il n’avait que 16 ans. Il a été le souffre-douleur de l’école toute son enfance, les jeunes l’intimidaient, lui plongeaient la tête dans le bol de toilette, volaient ses souliers, son sac… De plus, il a été agressé par mon propre père.


DESCENTE AUX ENFERS

« À 16 ans, après avoir été accusé de voie de fait sur son travailleur social, mon fils a été placé dans un centre jeunesse. Tentatives de suicide, surdose, mutilations, bagarres, évasion — je vous épargne les détails.

« Après avoir fait de la prison pour agression armée sur un chauffeur de taxi, qui lui a valu une peine de deux ans moins un jour, il s’est retrouvé danseur dans un bar gai. Puis suite à une nouvelle crise, il a battu son voisin et s’est encore retrouvé devant le juge…

« Il revenait régulièrement vivre chez nous, car malgré ses colères causées par la maladie et tout ce qu’il a vécu, notre porte a toujours été ouverte pour lui, même si tout le monde nous disait de l’abandonner et de l’oublier.


ARRESTATION MUSCLÉE

« Bref, vendredi, il est entré dans sa bulle, a piqué une crise et a empoigné un couteau de boucherie. Je me suis immobilisée, puis après quelques instants, il a quitté la maison…

« J’ai signalé le 9-11, et deux jeunes policières sont parties à sa recherche. Après une arrestation musclée, pendant laquelle elles ont dû utiliser du poivre de Cayenne, elles ont réussi à la maîtriser et à lui faire lâcher son couteau…

« Mon garçon m’a souvent dit qu’en cas de crise, il ferait tout pour que les policiers lui tirent dessus et le tuent. Heureusement, le destin a mis deux anges sur son chemin, qui ont compris son désarroi et son mal de vivre.

« Un immense merci à vous, les filles… »


UNE VALLÉE DE LARMES

Vous imaginez ce que vivent les parents de ces jeunes ? Leur peur, leur peine, leur désarroi ?

Et la difficulté pour les policiers d’effectuer une arrestation quand ils se trouvent devant des forcenés qui n’ont rien à perdre et qui souhaitent qu’on leur tire dessus ?

« Il n’y a pas assez d’ivresse pour noyer toute la détresse du monde », dit un personnage dans un film d’André Forcier.

Quand on pense à toutes ces histoires qui, chaque jour, déchirent le cœur de tant de gens, on se demande comment on fait pour ne pas passer notre temps à pleurer…



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